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mardi 23 novembre 2010

Femme de ménage, la misère sans prendre de gants

Cela fait quelques semaines que j'ai entamé -et terminé- le Quai de Ouistreham, de Florence Aubenas. Vous pensez bien qu'à moins que ce livre soit chiant comme la mort, je n'aurais jamais mis plus de 4 jours à le lire. Mais j'avais envie d'attendre une nouvelle série de nuits pour vous en parler.

Parce que c'est le meilleur moment pour confronter ce livre à la réalité. Pour vous rafraîchir la mémoire, voici ce qu'en dit le quatrième de couverture:

"La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu'en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l'impression d'un monde en train de s'écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J'ai décidé de partir dans une ville française où je n'ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail. J'ai loué une chambre meublée.
Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent: j'avais trop à faire là-bas. J4ai gardé mon identité, mon nom, mes papiers, et je me suis inscrite au chômage avec un baccalauréat pour seul bagage. Je suis devenue blonde. Je n'ai plus quitté mes lunettes. Je n'ai touché aucune allocation.
Il était convenu que je m'arrêterais le jour où ma recherche aboutirait, c'est-à-dire celui où je décrocherais un CDI. Ce livre raconte ma quête, qui a duré presque six mois, de février à juillet 2009.
J'ai gardé ma chambre meublée. J'y suis retournée cet hiver écrire ce livre."

Or, dans ma boîte, c'est la nuit que les "petites mains" viennent remettre de l'ordre, laver la vaisselle et récurer les toilettes. Toujours les mêmes, invisibles à l'oeil diurne mais incontournables pour les papillons de nuit. Celles sur qui on râle parce que les toilettes sont pas nickel, qui endossent le mauvais rôle quand c'est pas parfaitement rangé, quand il manque des couverts (ben oui, elles avaient qu'à en laver plus!). Ca m'a étonnée quand une de mes collègues s'est elle-même étonnée de ce qu'il y avait des femmes de ménage, la nuit. Comme si tout se faisait par miracle.

Dans le Quai de Ouistreham, on soupçonne ce genre d'ignorance, ce "cela va de soi" de la part des travailleurs des entreprises dans lesquelles de "petites mains" anonymes passent discrètement. On ressent cette terrible indifférence opposée à ces femmes de l'ombre, décriées et indispensables.

On ressent le désarroi de cette masse précaire qui se presse à Pôle Emploi, le désenchantement et la démotivation des personnes qui les encadrent. Avec ces "petits", on ne prend pas de gants pour leur dire qu'ils sont "le fond de la casserole", qu'ils n'ont quasiment aucune chance de trouver du boulot, puisque c'est la crise. On leur dit qu'il ne faut pas faire la fine bouche, que s'ils trouvent quelques heures par ci par là, c'est déjà une grande chance. Que même s'ils y perdent financièrement, tous comptes faits, c'est déjà du travail.

Ca m'a foutu une claque, ce livre, je dois bien l'avouer. Parce que je n'ai pas spécialement l'impression d'être une nantie, une privilégiée. Je fais partie d'un milieu moyen, sans difficultés financières, mais sans opulence. Un milieu plutôt intellectuel, mais pas dans le genre du Milieu parisien (auquel appartient sans doute Florence Aubenas à la base). J'aime penser que j'ai une idée assez précise de comment c'est, quand la vie n'est pas facile.

Eh bien! Le Quai de Ouistreham m'a dessillé les yeux: j'étais encore à 123 kilomètres de la réalité. Je n'ai pas vu de condescendance dans le regard posé par Florence Aubenas sur ces anonymes. Je crois qu'elle a découvert un monde dont elle ne soupçonnait pas la substance, comme nous quand on la lit.

Le seul bémol que je poserais, c'est que Florence Aubenas quitte parfois son point de vue totalement subjectif et submergé pour reprendre le poste de narrateur omniscient. Elle explique ainsi les pensées d'accompagnatrices de Pôle Emploi ou de travailleurs d'autres entreprises. Si on part du principe qu'elle est restée anonyme jusqu'au bout, comment peut-elle dans le récit connaître les pensées de la personne en face?

Pour le reste, elle a le grand mérite de mettre un visage au-dessus de ces petites mains et de les faire exister. La prochaine fois que vous serez au boulot à des heures indues, n'oubliez pas de saluer celles qui vous permettent de retrouver votre chaise de bureau pile face à votre PC.

vendredi 24 septembre 2010

Ils sont fous ces journaux!

Les journalistes sont mal payés. C'est pas moi qui le dis, c'est un mémoire de Master sur les journalistes et leur salaire. Même que cet argument pourrait être la goutte d'eau qui fait déborder le vase et quitter le journalisme.

Pas question de vénalité, hein, si vous pensez qu'on gagne comme Claire Chazal (75.000 euros) voire feu PPDA (150.000 euros par mois), redescendez immédiatement sur terre. Même les présentateurs vedette des JT ne gagnent pas ça en Belgique.

Mais n'empêche, paraît qu'on gagne petit. Perso, je l'ai jamais vraiment remarqué, hein, mais ptêtre que quand j'aurai deux gosses et un gros prêt sur la gueule, ça me semblera plus évident.

Alors je vous raconte pas comment j'ai rigolé, hier, en arrivant à la conférence de presse que je devais suivre. L'ambassade du Canada y présentait les nombreuses possibilités d'emploi au Canada et y disait comment c'est génial d'habiter là-bas et comment les gens y sont bien accueillis, surtout les jeunes. Le Monsieur du Forem s'est extasié sur les possibilités de carrière, comme quoi on peut être jeune, Belge et déjà patron d'une administration ou d'une entreprise. Trop génial!

On nous a expliqué comment c'était facile pour les jeunes de moins de trente ans de s'expatrier là-bas et de commencer une nouvelle vie dans un pays aux espaces tellement immenses.

Et devinez qui les médias avaient envoyé à cette conférence de presse? Exactement! Les quatre journalistes présents avaient moins de trente ans! Ils voudraient voir fondre leurs effectifs comme neige canadienne au printemps qu'ils ne s'y prendraient pas mieux!


(et si ça vous intéresse, allez voir sur Destination Canada)

mercredi 8 septembre 2010

Le couloir qui pue

Alors que j'expliquais à Futile et Utile le Bruxelles que j'aime, je viens encore de passer à l'endroit que je déteste le plus dans Bruxelles. L'endroit le plus glauque, l'endroit le plus puant (enfin, de ceux que je connais), j'ai nommé le Couloir de la Gare Centrale...

Un couloir pas très long (quoi, une cinquantaine de mètres?) qui relie la gare au métro. Il est emprunté chaque jour par des milliers de travailleurs qui pressent le pas dans un sens (pas arriver en retard au boulot!) et dans l'autre (vite, se barrer et rentrer à la maison!!).

Et pourtant, ce couloir est dégueulasse. Il pue tellement la pisse qu'il permettrait de battre des records de course en apnée. Il est régulièrement tagué, et tout aussi régulièrement repeint. Le sol est jonché de détritus et parfois d'excréments.

Les sans-abris y trouvent un refuge où ils sont protégés des intempéries et -dans une certaine mesure- du froid. Certains ont la "bonne" idée de faire un peu de musique pour passer le temps (et récolter quelques sous).

Et il y a de quoi se tirer une balle avec les violonistes du dimanche (qui feraient bien de s'y cantonner, au dimanche): citons celle qui joue Stewball au crincrin, encore plus lentement et plus pathétiquement que la version d'origine et celui qui joue TOUJOURS-faux- le même air de musique classique en boucle.

Heureusement, c'est -relativement- bien éclairé. Mais chaque matin et chaque soir (ou chaque soir et chaque matin, ça dépend), ces brefs passages dans un couloir de gare restent le pire moment de ma journée de boulot.

lundi 30 août 2010

Pourquoi je parle de mes fesses plutôt que de politique belge

A l'heure où j'écrivais mes jérémiades réflexions sur mes courbes, d'autres en enregistraient, des courbes, mais en audience: les télés qui passaient en direct la conférence de presse d'Elio Di Rupo expliquant les raisons de cette mine de papier mâché.

(en gros, pour ceux qui auraient pas suivi, ou ceux qui seraient pas Belges, ou ceux qui sont Belges mais ont décroché depuis longtemps: Elio Di Rupo est un ex futur wannabe premier ministre. Il passe son temps à essayer de mettre sept partis (trois francophones, quatre flamands) d'accord pour redessiner la Belgique. Dans ceux qui sont d'accord, ya les gentils (les partis francophones), les idéalistes (les écologistes et socialistes flamands) et puis ya les pas d'accord, les très très méchants, qui mangent plein de frites et sont, en gros -bah oui, quand on mange plein de frites-, emmenés par Bart De Wever. Ca dure depuis longtemps le 13 juin, soit depuis 78 jours et une fafiote, merci la RTBF de tenir le décompte).

Si vous n'avez pas décroché en lisant le paragraphe ci-dessus, vous tenez une partie de la réponse à mon titre. 78 jours depuis les élections. Septante-huit. Soixante-dix-huit. AKA à peu près autant de billets blog (allez, soyons optimistes) à parler de politique? Enfin, à jouer les Soeurs Anne (ne vois-tu rien venir? Je ne vois que la N-VA qui parloie et Spa-Francorchamps qui paddocke) parce que pour le reste...

Non, franchement, je laisse ça aux journaux télévisés (qui en viennent même à voir dans un arc-en-ciel au-dessus du palais royal l'un ou l'autre présage*) et aux blogueurs fines mouches qui décortiquent l'ambiance politique avec beaucoup de talent. Et qui le font bien mieux que je ne pourrais l'espérer pour moi-même.

N'allez pas croire cependant que je m'en tamponne, de la politique, hein! Au contraire, j'adore ça. Ca m'intéresse, mais uniquement dans le cadre de mon boulot. Je reste informée dans la mesure de mes possibilités, j'essaie de comprendre les enjeux, je lis beaucoup. Mais ça s'arrête là: je ne me reconnais aucune légitimité pour gloser là-dessus. J'ai mes opinions et je les garde à peu près pour moi. Déformation professionnelle, sans doute... J'essaie de garder une frontière plus ou moins étanche entre le boulot et ici.

Je m'autorise juste à réagir à des sujets de société qui m'interpellent, mais les sujets de société, ça peut toujours virer politique, n'est-ce pas? ;-)

Et puis, une fois qu'on a fini de scruter Laeken/le ciel/les ministères/les réactions/les blogs politiques/les sites internet des journaux/les augures/..., faut bien se dérider un peu.

Alors permettez-moi de vous offrir ces intermèdes futiles assumés, légèrement réfléchis, des tranches de vie, des tranches de fesses. Des coups de co(ul)eur. Et si un jour on a un gouvernement, promis, j'en parlerai pas.



*et pourquoi pas égorger un poulet et lui lire les entrailles, hein?

dimanche 29 août 2010

C'est la même chaaaaaaaanson

Ce matin, je n'ai pas trouvé mon bol. Par contre -ouf!- il y avait bien ma cuillère et ma tasse.

Enfin, quand je dis "ma tasse", "mon bol"... ceux du boulot, hein. Mais je ne peux pas m'en empêcher, je me crée de petites routines. Prendre toujours le même bol s'il est disponible pour manger mes céréales ou mon yaourt au fruit, toujours le même genre de cuillère, essayer de choper la tasse rose. Allez savoir pourquoi.. Sans doute une façon de garder mes repères, de ne pas me mettre en danger (sauf qu'en vous racontant ça, je me mets en danger par rapport à mes collègues ;-) j'attends la première remarque!)

Je prends toujours mon chocolat chaud à la machine en bas (il a meilleur goût)
Je prends toujours une assiette de la même série
Je suis toujours exactement le même itinéraire pour relier le métro au boulot (et l'inverse)
J'attends toujours le train au même endroit, sur le quai (j'ai bien observé, la porte s'arrête devant moi dans 95% des cas!)
Je me place toujours dans le sens contraire de la marche
Je me lève toujours juste après que le train a quitté Bruxelles Midi pour Bruxelles centrale. Je vais me caler devant la porte de sortie et j'admire le dôme du palais de justice et le cube de verre posé sur un immeuble bruxellois, pas loin
J'admire toujours deux fois par jours les Moulins de Ruisbroek et la superbe maison de mon amie Tiphaine (maison qui me faisait déjà de l'oeil quand Tiphaine n'était pas encore mon amie...)
J'évite toujours les petites plaques métallisées dans le couloir puant de la gare centrale
J'ordonne toujours mes cartes en coeur/pique/carreau/trèfle quand je joue au solitaire et je couple toujours le coeur avec le pique et le carreau avec le trèfle
Je fais toujours en sorte de terminer de descendre ou de monter un escalier en posant le pied droit


Rassurez-moi: vous aussi, vous êtes toc-és?

lundi 16 août 2010

Réflexion de fin de journée

Ca devient de plus en plus dangereux d'aller à la toilette au boulot: un spot sur deux est pété et quand on sait qu'il faut en plus traverser un couloir étroit pour arriver à la pièce ad hoc, je dis que je ne voudrais plus m'y risquer seule le soir. Déjà que ces toilettes n'étaient pas très kikoolol de base, alors maintenant vous imaginez le truc bien glauque, hein? (et le savon pue)

Ceci était donc une réflexion de fin de journée pas hyper productive (sauf sur ce blog où vous avez été inondés de messages). (et on ne cherche pas de lien avec le paragraphe ci-dessus, merci) (je ne vais pas écrire le nom de la pratique sexuelle bizarre à laquelle on pense tous, sinon je vais me choper les copains de celui ou celle qui a cherché "sous-vêtements cuir" et qui a atterri sur mon blog...)

Tout ça pour dire également qu'il me reste pleeeeeeiiiiiin d'idées à partager avec vous, pour tenir au moins... euh trois jours si je continue au rythme de trois billets quotidiens. Soyez heureux!

Je dirai aussi que ma Môôman se met au postage de commentaires sur mon blog (coucou Môman!). Est-ce que c'est un label de qualité? :-)

Et, enfin, que j'ai écrit un billet avec des histoires de toilettes dedans, qui fera donc certainement plaisir @Waldorf_be. Il ne me reste donc plus qu'à tirer ma révérence de cette journée qui s'est tirée en longueur.

Une dernière confession? Aujourd'hui, les blogs de filles m'ont sauver! :-)

C'est touuuuut!


(Oui, mon cerveau s'écoule vraiment par mes oreilles et mon nez...)

jeudi 12 août 2010

Le positif du négatif

Deux fois par mois, je vis une vie en négatif: je m'endors quand vous vous levez et commence à travailler quand vous commencez à penser à votre lit douillet. Trois nuits sur la semaine (et ce n'est pas ma peau contre sa peau puisque je ne suis pas avec lui). Vous levez un sourcil mi-inquiet, mi-admiratif genre "wow, moi je pourrais pas..."? Vous n'êtes pas les seuls. Et pourtant...

Je n'ai rien d'un oiseau de nuit. Mes anciens cokotteurs* pourront vous le confirmer: en examens, je me levais à 6h et allais religieusement dormir à 21h. (Sauf vers la fin, où j'étais systématiquement à la bourre. Mais ce n'est pas le propos). Je suis une lève-tôt et une couche-relativement-tôt-aussi. Je raconte mes rares nuits blanches comme d'autres montrent leurs blessures de guerre, avec une forme de fierté et de souffrance contenue dans le regard.

Vous pensez donc bien que quand ils ont annoncé, au boulot, qu'on allait refaire les nuits nous-mêmes, après dix ans de sous-traitance, je ne me suis pas dit que ce serait "finger in the nose". Je me suis juste dit qu'il fallait ce qu'il fallait, et qu'après tout, un service de qualité méritait peut-être bien qu'on sacrifie un peu son confort personnel. Oui, je sais, mon abnégation frise la folie.

Et puis, après quelques soubresauts, le système actuel de trois nuits s'est mis en place et, pour continuer dans ma logique, je me suis portée volontaire pour assurer deux séries par mois (six nuits, donc, si vous êtes forts en calcul mental). Pour l'instant, ça se résume à une semaine sur deux. Je ne vous raconte pas les regards de commisération, les petites tapes sur l'épaule genre "t'as bien du courage". On aurait dit (et parfois, on dirait toujours) que je viens de me porter volontaire pour l'Irak, rien que ça.

Et pourtant... ce système me convient, ou en tout cas j'en ai pris mon parti. Je me rends compte que j'ai de la chance, finalement, de ne faire "que" trois nuits, deux fois par mois. Car toutes les nuits que je fais, je retrouve les femmes de ménage. Les mêmes, à chaque fois. Et elles, elles sont là six nuits par semaine, toutes les semaines. Elles ont le nez dans les détergents, dans la crasse, elles portent des caisses remplies de papiers et de journaux, elles rangent la vaisselle que les employés ont laissé traîner pendant la journée. Elles sont les petites mains qui permettent de retrouver, chaque matin, un lieu de travail relativement propre. Toutes les nuits, toutes les semaines. Pour un salaire, j'imagine, nettement inférieur au mien.

Après ces trois nuits, moi, je suis en week-end. Le mercredi, à 6h30, je sais qu'à moins d'oublier mon GSM, je ne reviendrai plus au boulot jusqu'au lundi d'après. Avouez qu'un week-end de cinq jours une semaine sur deux, ça a des avantages.

Surtout quand on a une soeur hôtesse de l'air, qui vole vers les principales villes européennes et qui, de temps en temps, doit y passer une ou deux nuits. Et qui vous glisse négligemment "jeudi, je vais à Madrid et je reviens samedi matin, il fait super chaud là-bas et l'hôtel a une piscine". Euh... perso j'ai pas hésité longtemps. "Euh, Massoeur, justement, je suis - huhu - en congé de jeudi à samedi, j'peux v'nir avec toiiiiii?"

Allez hop, emballé c'est pesé! On dormira dans la même chambre de l'hôtel payé par son boulot, on ira manger des raciones et des bocadillos de jamòn, on profitera de la vie madrilène et du soleil, ce sera chouette.

Alors rien que pour cette petite escapade impromptue entre soeurs, oui je l'affirme: la vie en négatif, c'est positif aussi!



*pour les Français(es) on ne parle pas de poules, mais de coloc' des études :-)

jeudi 5 août 2010

Réflexion ferroviaire

Le train c'est bien, ça force encourage la mixité sociale.

Ya des vieux, ya des jeunes. Ya des gros, ya des maigres. Yen a qui puent (oui ça arrive -trop souvent hélas!), yen a qui sourient. Ya des gens avec un chien, ya des gens avec des enfants, et ya des gens qui partagent leur musique sur des mp3 à fond la caisse.





Dommage que ceux-là aient TOUJOURS des goûts de chiotte.

mercredi 28 juillet 2010

Ma vie secrète, la nuit

Aaaaaah! Ca fait déjà trois jours que je me tais?? C'est que, mes jolis, j'ai un peu vécu à l'envers: dormi le jour et vécu la nuit. Eh toi, là-bas! Tu fais quoi? Tu vas à la... Chambre des Secrets? Tu vas quoi? Me buzzer et révéler que je suis un vampire, ahaaah...


Tu n'y es pas du tout mon ami. Je BOSSE, moi, la nuit. Trois nuits par semaine et environ deux fois par mois. Ca change, dis, de travailler la nuit!! (attention, lecteur, si tu cherches de la grande révélation et de la vérité vraie, tu es tombé sur le bon billet!) Rien de très sîîîîcwet là-dedans, si tu comprends bien. La nuit, c'est un autre rythme, pas forcément plus cool, mais jalonné de lecture de journaux en pdf, de Twitter progressivement réduit au silence (même les insomniaques finissent par se rendormir) et, si tout va bien, de rares contacts courtois avec le collègue flamand qui fait le même boulot de l'autre côté de la frontière linguistique (lire: à la table à côté).

On échange donc quelques mots en flamand, de moins en moins à mesure que la nuit avance et que la fatigue tombe sur les paupières. On salue les femmes de ménage, toujours les mêmes.

Et on (enfin je, ça m'étonnerait que mon collègue flamand fasse pareil) regarde la télé. Allez, je vais même l'avouer (mais ce n'est pas mon secret, non non), je regarde essentiellement TF1 (d'un oeil, hein). Ca me permet en trois jours (pardon, trois nuits) de rattraper une partie de mon retard en matière de culture audiovisuelle. Oui, bon culture et TF1 dans le même paragraphe, ça peut paraître antagoniste, certes, mais avouez qu'il est quand même difficile d'évoluer dans une société sans que Secret Story ou l'Amour est Aveugle surgissent innocemment dans les conversations(quoi chez vous, personne n'en parle? Menteurs! :D )

Dans la nuit de dimanche à lundi, j'ai donc fait connaissance avec Secret Story 4. Que dire?... Ya pas grand chose à dire, hein, à part "OH MY FUCKING GOD!! (j'te jure, j'la calcule pas cette émission!)". La première pensée qui m'est venue, c'est "Et il est payé pour être aussi mauvais à la télé, ce Castaldi?" On me souffle dans l'oreillette que le sieur a accepté, grand prince, de réduire ses émoluments de 10% pour faire des économies. Est-ce qu'on ne pourrait pas se l'épargner tout court? Ca ferait du bien à nos cerveaux, je crois. On pourrait l'envoyer... je sais pas, moi... dans un monastère où la règle de silence serait absolue, non? Mmmmh, je crois qu'il y a un truc à creuser de ce côté-là...

Et puis j'ai entendul a voix féminine qui "chuchote" les potins de la maison... Non, mais ça y est ou quoi de créer une pseudo-connivence avec le spectateur en prenant cette voix de pétasse shootée? Vous croyez qu'on est dupes? (la plupart des spectateurs, sans doute, oui, bon ok...)

Mais le coup de grâce est venu avec les candidats. Avant, je croyais que dans les téléréalités de TF1, on admettait du bout des lèvres un candidat belge de temps en temps pour faire exotique (et attirer du public d'outre-Quiévrain). Mais là, trois candidats papotent dans une cuisine qui couperait l'appétit à n'importe quelle personne légèrement sensible à l'esthétique: "Ouftiiiii! Mais t'as vu çui-là qu'il est biesse?" "Nenni hein, il est paaaas biesse, il n'a nin toute sa tiesse!". J'ai vérifié que je ne m'étais pas endormie par erreur sur la télécommande, que j'aurais par mégarde changé de chaîne, mais non, c'était bien les couleurs vomitives criardes et les mêmes candidats mangeant comme des vaches.

Confirmation un peu plus tard en face cam: tous les candidats qui défilent... ont l'accent de Liège! Et bonjour les petites pétasses blondes décolorées ou rousses flamboyantes, dont le secret, je vous le donne en mille, est: "mes ex sont dans la maison". Bingo! Willy Demeyer a réussi à se débarrasser de trois bovins à la fois*. J'me demande combien il a dû payer pour ça... Peut-être les 10% que Castaldi avait laissé tomber?

Enfin, Secret Story 4, ça ne vole pas très haut (je vous l'avais dit que ce serait un post avec de vraies vérités dedans!), ça volerait même plutôt autour de la ceinture si-vous-voyez-ce-que-je-veux-dire... Je vous mentirais si je vous disais que j'ai zappé pour éviter à mon  cerveau de pourrir. Après tout, j'ai gobé aussi Tous Ensemble (une merveille d'émission de solidarité), des épisodes et des épisodes de toutes sortes de série, des Reportages, des Confessions intimes, du Sept à Huit, et même, cette nuit, un reportage animalier sur les grizzlis (eh oui!).

Mais si vous voulez du vrai Secret Story classe, du auquel vous pouvez participer (enfin, pour découvrir les secrets), allez voir sur www.twecretstory.be. Je sais qu'@Olisushi est candidate, mais je n'ai pas encore cherché à en savoir plus...

C'est tout, pour le moment!



(image: www.kreature.be )



 *quatre, en fait, parce que la "Don Juan en jupons" Amélie a sans doute l'accent le plus à couper au couteau de boucher

samedi 24 juillet 2010

La femme politique, cette petite chose élégante et sexy

Ce matin, comme beaucoup de matins, j'ai jeté un oeil -sitôt ouvert, l'oeil- sur mes sites de prédilection: ma boîte mail, Facebook, Le Soir et Twitter. C'est une sorte de rituel, de tic: j'attrape mon iPod d'une main mal assurée, dernières brumes du sommeil obligent, et je me réveille en voyant tout ce que les gens ont déjà caqueté alors que je dormais encore.

Cette fois, il n'a pas fallu longtemps pour que mon sang fasse un tour puis se mette à bouillir à gros bouillons à cause d'un article (oui, ce truc a été écrit par un journaliste politique [!!!] dans un journal) sobrement intitulé "Qu'elles sont élégantes, nos élues!". Et le journaliste de s'extasier "de toutes les parlementaires du pays, les Wallonnes sont les plus élégantes". Autres morceaux choisis:

"On se souvient qu'à la veille de l'installation de la Chambre et du Sénat, voici quelques jours, des élues flamandes avaient lancé un appel pour que les parlementaires soient jolies et élégantes lors de la prestation de serment. C'est la moindre des choses, après tout..."


"Sans prévenir personne, nous avons débarqué au parlement wallon pour vérifier si nos élues relevaient le défi de l'élégance. Résultat? Il suffit de quelques rayons de soleil pour transformer les couloirs de l'hospice Saint-Gilles en un défilé de mode. Qu'elles soient blondes, brunes ou rousses, plus ou moins jeunes, grandes ou menues, nos parlementaires ne font aucune faute de goût."


Et le journaliste, pour appuyer ses "impressions", de quêter confirmation auprès de (je cite) deux "experts", dont l'un a envoyé rien de moins qu'un sms à une de ses collègues du parlement wallon pour lui dire qu'elle avait un beau cul. Eh ouais! Et pour prolonger le(s) "(d)ébat(s)", le site internet du journal propose de regarder les photos de ces jolies élues et de voter pour la plus élégante... Pour Emily, tapez 1, pour Véronica tapez 2.




Mais où on va, là?? OK, ce quotidien a déjà à plusieurs reprises consacré des articles aux députées les plus jolies et parfois aussi à leurs collègues masculins les plus sexy. La politique n'en sort sans doute pas grandie et ceux qui s'y prêtent non plus. Mais souvent, dans ces hit-parades, les "candidat(e)s" ne sont pas consulté(e)s à l'avance, au moment d'établir ces listes de "Miss ou Mister Politique wallonne".


Et ça sert à quoi, à part relever le côté "belle plante" de quelques femmes? Le fait que jamais le journal ou son journaliste ne se soit dit "allez, voyons celle qui est la plus combattive/efficace/présente/téméraire" mais revienne régulièrement avec des classements de la "classe", de la "beauté" des élues en dit long. En gros, pour son public, le journaliste pense qu'il faut trouver les plus "présentables", que c'est ça, uniquement, qui intéresse son lecteur de base. Youpie.


Ca ne fait que renforcer insidieusement l'idée que peu importe que l'élue soit une idiote pourvu qu'elle soit délicieuse. Pas besoin qu'elle pense, qu'elle porte des idées, elle est tellement élégante! Et si en plus c'est un "expert" en sms graveleux qui le dit, hop! c'est emballé, pesé et on en parle plus. Celle-là, elle est bonne.


Ce même jour, le même journal rapporte que "Bart et Elio en ont maaaaaarre des bavardes". Bah oui, celles qui ne savent pas tenir leur langue, c'est toujours des femmes, hein! Incapables de se taire, les Caro (Gennez), Jojo (Milquet) ou Isa (Durant)!


Ah là là, ces femmes, finalement, c'est une faiblesse, hein. On se demande bien ce qu'elles font dans un monde d'hommes, ces petites choses si fragiles, si élégantes, si tellement peu habituées à se battre. On aurait peur de les voir se prendre un oeil au beurre noir sur leur joli minois.


Et pourtant, cela fait 79 ans que la première femme est entrée au Sénat par cooptation. 71 ans que la première femme a été élue à la Chambre. 62 ans que les femmes ont le droit de vote. 45 ans qu'une femme, pour la première fois, est entrée au gouvernement (oui, ok, pour s'occuper de la Famille et du Logement).


Après environ 80 ans de présence féminine dans la sphère politique, on en est toujours à s'esbaudir devant le minois féminin, à leur décerner des prix sexistes, à ne pas parler que de leurs compétences. Ca pourrait faire rire, ça n'en est que pathétique et affligeant. Parce que tant qu'on parlera des femmes publiques de cette façon, par le prisme du kikoulol, des colifichets, des bébés et des concours de Miss, yaura pas de raison que le DRH en fasse autrement avec de futures employées, ou Monsieur Michu avec Madame.






Mise à jour vers 13h: Je viens de lire quelques commentaires des "experts" sur les élues wallonnes et ça donne vraiment envie de vomir! Exemples? "Elle devrait éviter les tenues moulantes" (d'une élue un peu boulotte); "une silhouette parfaite, des tenues toujours originales mais pas trop voyantes, sa blondeur naturelle suffit à nous éblouir"; "Le style Vieille France dans toute sa splendeur"; "Naturellement racée, elle n'a pas besoin d'en faire des tonnes"; "une belle surprise, très jolie, très classe, elle rayonne déjà dans le parlement"



Très très classe, on disait...


Deuxième mise à jour/précision: quand on voit les photos des élues, on peut quand même se demander si elles étaient pas un peu au courant de ce qui se tramait. Ou alors, ça a été amené "finement", genre "on fait une enquête pour voir comment les élues s'habillent un jour de prestation de serment", mais dans tous les cas, c'est très limite aussi de la part de ces femmes de se prêter au jeu.

mardi 18 mai 2010

La ligne de sécurité


Un soir, deux filles papotent dans le métro qui les emmène vers la gare où les attendent les trains qui les emmèneront chez elles.

"En? Hebde nen fijne dag gehad? Weete wa die stoeme trut tegen mij heeft gezegd?"*
"Noooon? Elle s'est toujours pas calmée? Mais elle est vraiment conne, hein!"

Cette retranscription est fort trompeuse... Je vois d'ici le grincheux du fond bougonner que quand même, ces paresseuses qui ne parlent que leur langue, et encore, dans leur patois, que même que c'est pas étonnant qu'on ne se comprenne plus dans ce pays de mert' si on n'est pas capable d'aller vers l'autre bordelaku non mais c'est vrai quoi!

Oh! Mais ça va aller ici de dire des gros mots sur mon blog! J'vous signale que ma mère le lit...

Et puis vous n'y êtes pas du tout! Celle qui parle comme une Flamande... c'est moi (sans me vanter, hein!) et l'autre, ben c'est ma collègue flamande. C'est marrant d'ailleurs, parce qu'on persiste à parler dans la langue de l'autre jusqu'au bout, sans abandonner l'effort. On mélange bien quelques mots de notre langue maternelle, mais on re-switche dans la langue de l'autre très vite.

Pourtant, ça ne se fait pas sans mal. Je travaille dans un environnement bilingue, où collègues flamands et francophones se mélange(aie)nt. Bon évidemment, on n'est pas tout à fait pareils, hein. C'est pas du raciiiisme, c'est la vérité! Tenez, quand on a des moments creux, ou même quand ils sont pas si creux que ça, on le remarque très vite du côté francophone: ça se regroupe, ça rigole ou ça zone sur des sites internet pour organiser la vie en-dehors. Regardez les flamands: JAMAIS ils n'ont l'air de glander! Ils sont tous super-sérieux devant leur écran, ont tous l'air de bosser sur le méga truc du siècle et jamais ils ne s'abaissent à causer avec le voisin. Bon ok, en fait, ils jouent à Bubbles comme des malades mais ils font bien semblant.


Les Flamands disent bonjour, enfin, de temps en temps. Et en général, ils serrent la main. A une époque, quand on savait encore s'amuser, on tentait d'imposer subtilement la bise. Mon score? Euh, 5 faiseurs de bise, maintenant. La classe hein?

Mais les temps changent. Il y a un peu plus d'un an, les chefs ont décidé qu'on allait séparer francophones et flamands. Chacun de son côté, ce serait plus facile à surveiller. Plus question de se cacher derrière un poteau ou derrière un panneau, ou derrière un collègue un peu plus gros. Résultat: au fil des mois, les bonjours se sont fait plus rares. Quand avant, on subissait parfois des conversations dans l'autre langue, qui prouvaient au moins la présence des autres, on est presque surpris, maintenant de revoir certaines personnes, après des semaines (des mois?). En fait, ils n'étaient pas en vacances, vous non plus, ya juste quelqu'un qui a arrêté de dire bonjour. La frontière linguistique s'instaure insidieusement. Il faut être fort et courageux pour encore oser "faire le tour", serrer des pognes, saluer chacun par son prénom, avoir parfois un petit mot...

Mais il y a aussi parfois des moments de grâce, comme quand des collègues flamands bruxellois (ou bruxellois flamands?) tentent de négocier l'échange de Liège et Dour (pour les festivals) contre d'obscurs bleds producteurs de bière (Audenaerde, vous connaissez vous? :D). Moi, j'ai au moins un début de piste de solution:

Je propose comme TF1 l'avait vu intelligemment d'ailleurs de céder la mer aux francophones et l'Ardenne aux flamands.


Ca aura au moins le mérite de résoudre les problèmes de bouchons!



*traduction libre: "eh kwé feye? ta journée, çastiii? Tu sais c'qu'elle m'a dit cette pauvre conne?"

vendredi 16 avril 2010

Le Grand Projet Secret de M. Léludemoncoeur

Ce matin, je me suis réveillée avec en bruit de fond une sorte de bourdonnement. Comme si une grosse bébête se cognait perpétuellement à la fenêtre en essayant de sortir.

En fait de grosse bébête, c'était M. Léludemoncoeur qui retapait, le casque vissé sur les oreilles et le son poussé au maximum, une des précieuses interviews récoltées cette semaine pour son Grand Projet Secret (GPS) (oui, il est féru de technologies).

Vous ne le savez peut-être pas, mais M. Léludemoncoeur est journaliste lui aussi. Depuis décembre, il est même chef d'édition au quotidien Le Vespéral (aaaaaaah!) pour les pages Hainaut (beeeuuuuuuuh!). Que nenni, c'est bien le Hainaut, ya euh... euh...Paul Bury, le singe de Mons et les trainings casquettes.

Oh! Je vois ce que vous pensez! "Deux journalistes à la maison, ça ne doit pas arrêter de parler boulot!" C'est pas vrai! On parle aussi d'autre chose. Genre euh "tu as vu comment elle a monté son reportage, celle-là?" "Oh, eh! çui-là, il a oublié de brancher son micro unidirectionnel, on n'entend pas son interviewé!" "Je me demande s'il vaudrait mieux attaquer ce sujet par un portrait ou un reportage, tiens..." Comme vous le voyez, on varie les sujets. Et comme on a plein d'amis journalistes, ben ça permet d'élargir encore la palette, elle est pas belle la vie?

Et donc ce matin, dès 6h (j'ai pas regardé l'heure, mais il faisait encore noir O_o), M. Léludemoncoeur s'est levé, a bu tout le café, et s'est mis à bosser. Rien de très surprenant, me direz-vous, tout le monde de nos jours est obligé de travailler pour ramener du beurre dans les épinards (perso, je préfère la crème que le beurre, mais passons...). (parenthèse number two: Non, tout le monde n'est pas obligé, regardez les rentiers, ils bossent, eux? non!). Mais M. Léludemoncoeur travaille sur un gros projet qui le fait pas mal stresser et qui l'empêche de penser à quoi que ce soit d'autre (même à faire la vaisselle, c'est dire!).

Dès demain et pendant une semaine, il proposera dans ses pages Hainaut du Vespéral une série sur Charleroi et ses clichés. Est-ce que Charleroi est aussi pauvre, moche, sale, insécurisante, délabrée, corrompue, morte culturellement qu'elle en a l'air? Vaste programme, hein, pour une seule semaine?

Si vous êtes déjà un Hennuyer* qui habite en Hainaut, vous avez de la chance! Vous n'aurez qu'à aller à votre boîte-aux-lettres (si vous avez le bon goût d'être abonné) ou chez votre libraire (ce qui, en plus du journal, vous remplira peut-être vos stocks de potins). Si par contre, vous habitez ailleurs, je ne vois qu'une solution: grouillez-vous de trouver un pied-à-terre en Hainaut et déménagez d'ici demain.

Je crois que ça vaudra vraiment le sacrifice de votre confort et de votre sécurité!




*Note à Léludemoncoeur et aux autres Hainuyers chagrins, j'écris Hennuyer comme je veux, d'abord!

mercredi 14 avril 2010

La tête ailleurs et les bras cassés

Dans neuf jours, je pars au Congo, au Burundi et au Rwanda. Vous l'aviez déjà catché si vous me suivez sur Twitter et peut-être deviné au détour de statuts sibyllins sur Facebook. C'est pour le boulot et oui, j'ai de la chance, surtout que c'est la deuxième fois de l'année que je pars (qu'un voyage me tombe dessus serait plus juste, vu qu'on ne sait pas trop comment ça se décide et qu'on est toujours les premiers surpris, enfin, ne nous plaignons pas, d'ailleurs je ne me plains pas et je me drape de la parenthèse).

Je ne connais cette partie de l'Afrique que par ce que j'en ai vu dans des reportages (le plus souvent) ou des documentaires (parfois). Personne dans ma famille n'a vécu là-bas. Je n'ai jamais particulièrement rêvé d'y aller. Et ça, c'est plutôt positif parce que c'est souvent comme ça que je suis le plus conquise.

Faut bien avouer que quand j'ai raccroché d'avec le porteur de bonne nouvelle vendredi fin de journée ("Sophie, comme on sait que ton nez frétille quand on lui met dessous lui ce genre de sujets, ça te dirait de partir?"), j'ai commencé à cogiter. Chez moi ça rate pas: mon cerveau tourne tourne tourne, retourne la situation dans tous les sens, échafaude des hypothèses et se pose des milliers de questions.

La première et la plus lancinante tout le week-end: "bon, j'ai quoi à me mettre?"


Je saiiiiiiiis, c'est futile au regard de la misère des populations, de la beauté des pays et de l'importance de la diplomatie (et de la coopération au développement). Mais enfin, je n'irai quand même pas cul nu (inutile d'insister, c'est non!) et l'été dernier est suffisamment loin pour que je ne me souvienne plus beaucoup de ce que ma garde-robe contient. Deuxième question existentielle: "oui, mais est-ce que je rentre encore dedans?". Je ne vous rappellerai pas que la guerre des étoiles M&M's (celles qui savent comprendront) a repris de plus belle depuis quelques mois. La svelte jeune femme (djûû, j'allais encore écrire "fille!") qui a écumé d'un pas leste et léger -et la bave aux lèvres- les soldes d'été n'a gardé que la bouée, si-vous-voyez-ce-que-je-veux-dire... Vous imaginez donc le week-end d'angoisse totale, de déchirement métaphysique, de délabrement moral...

MAIS rassurez-vous, lundi matin, je suis revenue sur le plancher des gorilles, avec la grande question qui tue (ou pas, justement): "mais au fait, Sophie, tu es bien vaccinée contre la fièvre jaune, n'est-ce pas?" Mmmmmmh euh, laisse-moi réfléchir une demi-minute. Ben non, évidemment! Un "rapide" détour par un centre de vaccination agréé m'a déjà donné un avant-goût de la chaleur africaine: à l'annonce de mes destinations, l'infirmière m'a raconté en condensé sa naissance au Rwanda, sa enfance au Burundi et sa vie en Belgique, et m'a expliqué pourquoi j'allais aimer ses pays de naissance et de coeur. Au bout de dix minutes, on en était presque à se faire la bise, pour vous dire.


Question suivante? Question suivante! "Pouvez-vous silvouplé verser 85 euros sur tel compte, 67 autres euros sur tel autre compte et apporter 50 euros en cash, pour vos visas? Merci"

En gros, jusqu'à ce matin, j'avais la tête pleine d'additions (85+67+50+les vaccins+... = game over), les bras qui font mal (merci les vaccins) et les pieds... ma fois, à part qu'ils manquent de vernis sur les ongles (à ajouter à ma to do list avant de partir), ils se portent plutôt bien, eux.

C'est donc dans le train vers le boulot que j'ai enfin pris le temps d'ouvrir le Petit Futé Congo aimablement prêté par le spécialiste du Congo de chez nous. J'ai cherché à mettre sur les maigres infos que j'ai des mots, des descriptions, des images, bref des trucs concrets qui pourraient m'accrocher un peu. J'ai lu que le parc des Virunga est l'abri (parfois dérisoire) des gorilles et d'hippopotames, que la saison des pluies offre souvent des lumières époustouflantes et des paysages qui rivalisent avec les lumières.

Et là, d'un coup, je n'ai plus eu qu'une certitude: ça va être bien, ça va être très bien. J'ai hâte, maintenant!